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mercredi, 7 décembre 2016

Édito #17

ParMarie-France Bazzo
Éditrice, BazzoMAG

La saison des guignolées bat son plein. On se déculpabilise en donnant des pâtes et de la sauce en conserve, en se disant qu’on fait notre part.

Or, une nouvelle est passée un peu inaperçue le mois dernier. Au Canada, le recours aux banques alimentaires grimpe. Il a explosé depuis la crise économique de 2008 et n’a plus cessé de croître. Au Québec, il est en augmentation de 5,3 % depuis l’an dernier. Ça touche près de 400 000 personnes. Le tiers sont des enfants; 12 %, des arrivants récents. Beaucoup sont des familles monoparentales. La moitié a un emploi.

Le grand dilemme de tous ces gens: payer le loyer ou la nourriture. On ne parle pas ici de condo à 1500 $ par mois. Le loyer, modeste, peut gruger jusqu’à 75 % du budget. Une misère dans une société riche. Tout comme notre taux d’analphabétisme, ces statistiques sont honteuses.

Et toujours, le même réflexe : «C’est de leur faute, c’est une responsabilité individuelle.» NON! Les causes sont souvent sociétales, économiques, systémiques. Les moyens de contrer la pauvreté existent, nombreux, petites ou grandes solutions, et doivent être collectifs pour être durables. Ça prend plus de logements sociaux, de services de garde de qualité dans les quartiers défavorisés, parce que le poquage social commence dès la petite enfance. Ça prend des moyens pour les organismes communautaires qui sont la trame du filet social dans les régions, les quartiers.

Au même moment, à la mi-novembre, le PLQ faisait adopter la loi 70 de la refonte de l’aide sociale. Pour plusieurs demandeurs, la prestation passe de 623 $ par mois à 399 $. Avec le loyer, la bouffe, l’électricité, le transport à payer, chacune des 224 piasses manquantes hurle les problèmes! On s’attaque aux pauvres plutôt qu’à la pauvreté. Et on s’étonnera, l’an prochain, des statistiques effarantes de fréquentation des banques alimentaires…

Il y a ici, au Québec, un manque de vision sociale: la pauvreté plombe l’avenir économique de toute la province, elle est néfaste pour tous. Or, la loi 70 cible les comportements individuels des prestataires plutôt que les défaillances institutionnelles. La pauvreté résulte notamment de l’échec de la politique d’assurance-chômage, de la pénurie d’emplois, de la très mauvaise qualité d’emplois offerts aux assistés sociaux.

Et pendant ce temps, le gouvernement laisse aller des milliards dans les paradis fiscaux et sous-finance les organismes communautaires, coupe dans les hôpitaux, l’éducation, les services. On rationne les couches pour les aînés et on leur sert des patates en poudre. Tout ça se tient. Les milliards parqués aux Bahamas ne sont pas réinvestis dans la société. Nous payons tous pour cela. Et ça rend les guignolées nécessaires.

Je répète les chiffres: un utilisateur de banques alimentaires sur trois est un enfant. 400 000 personnes. Augmentation de 5,3 % depuis un an.

Ce n’est ni une fatalité, ni une tare individuelle, ni un choix. Les solutions sont politiques. Ce sont nos gouvernements qui doivent avoir honte.


En cette veille de Noël, BazzoMAG s’intéresse au mouvement végan. On y parle du droit des animaux, d’anthropologie alimentaire, du dark side du véganisme, et on dresse une table végane gastronomique pour le réveillon.

Et que vous soyez dinde ou tofu, on vous souhaite un très joyeux Noël!

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