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mercredi, 7 décembre 2016

En retard d'un tweet... Et alors?

Par Rafaële Germain
Auteure

J’ai un ami – appelons-le Pedro – par qui me sont parvenues les nouvelles des plus importants décès des sept ou huit dernières années. J’étais en train de lire, de jouer avec ma fille, de partager un verre de vin avec mon mari, bref j’étais à l’extérieur du monde au sens où on l’entend maintenant, lorsqu’un texto me parvenait : «Michael Jackson est mort», «Amy Winehouse trouvée sans vie», «Leonard Cohen n’est plus».

La nouvelle interrompait brièvement le moment, le présent. Le temps se suspendait, et le monde extérieur entrait. Je prenais acte. J’allais immédiatement sur le site d’un quelconque média, histoire de creuser un peu cette affaire. Souvent, l’annonce n’était pas encore publiée sur leurs pages web. Pedro avait appris la nouvelle par Twitter, quelques secondes, donc, après sa première publication, et il l’apprenait à son tour à quelqu’un qui n’avait aucune chance de le savoir encore, en l’occurrence : moi, sa seule amie encore Twitter-free.

Pedro fait parfois semblant de me taquiner en me disant : «Qu’est-ce que tu ferais sans moi? Tu saurais tout vingt minutes après tout le monde!» Il dit cela avec humour, bien sûr, et un brin d’autodérision, mais je sais qu’il «fatiguerait» beaucoup, lui, s’il devait être celui qui apprend une nouvelle alors qu’elle a une grosse demi-heure de vie – autant dire, au rythme où va aujourd’hui la distribution de l’information, alors qu’elle est devenue carrément has been.

Difficile, pour une nouvelle contemporaine, de rester sexy longtemps. L’intérêt qu’on lui porte se compare à celui qu’on accorde aux gagnants de La Voix – on les regarde aller et on se dit par la suite qu’on espère qu’ils en ont profité.

Sans doute me fais-je déjà un peu vieille, mais il m’arrive parfois d’observer cette course éperdue vers une nouvelle toujours plus fraîche, toujours plus vierge, et de me demander ce qu’ils y gagnent vraiment, ces chasseurs de scoops éphémères. Il me semble qu’il n’y a aucune honte à nepas être au courant. Mais il y en a une à ne pas comprendre.

Un brasier ardent couve-t-il dans mon sous-sol? La tête de mon enfant s’apprête-t-elle à sortir de ma personne? Un dix-huit roues s’en vient-il directement vers mon tricycle? Non? La nouvelle peut attendre. Elle m’intéressera tout autant dans dix, quinze, voire même les apocalyptiques VINGT minutes envisagées par Pedro.

On me demandait récemment, lors d’une entrevue, comment je faisais pour travailler sur des émissions d’actualité comiques alors que je ne suis pas sur les réseaux sociaux. «Comment tu te tiens au courant?» J’ai fait une farce plate, nous avons ri gentiment, mais ce n’est que le lendemain que j’ai été frappée par l’absurdité de la question, et par le fait que je n’avais même pas su répondre : «En lisant les journaux, en surfant sur le web, en laissant parfois aux informations le temps de se déployer, de prendre un peu d’ampleur et de profondeur.»

Et en espérant, bien sûr, que Pedro me tienne au courant de temps en temps. 

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