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mercredi, 7 décembre 2016

Le dark side du véganisme

ParLuc Gonthier
Collaborateur, BazzoMAG

Lorsque j’ai annoncé à une amie végétarienne que j’allais explorer le «côté sombre» du véganisme et du végétalisme, j’ai vu une ombre passer dans son regard. C’est que, semble-t-il, la frange militante du mouvement végan n’entend pas toujours à rire quand on remet en question ses préceptes. Serait-ce parce que certains ne tiennent pas la route?

Puisque la santé est une des principales motivations qui mènent au végétalisme, on peut d’abord se demander si, en excluant toute consommation de produits animaux, ses adeptes mettent leur condition physique en danger.

L’Ordre professionnel des diététistes du Québec n’a pas émis de position formelle sur ce sujet. Toutefois, Marie-Noël Geoffrion, sa conseillère principale, affaires scientifiques, mentionne que les Diététistes du Canada ainsi que l’Academy of Nutrition and Dietetics aux États-Unis considèrent que ce régime peut comporter des risques de carence en protéines, en acides gras oméga-3, en fer, en zinc, en calcium ainsi qu’en vitamine D et B12. Par contre, bien planifié et encadré, il est, selon eux, sécuritaire.

Mieux vaut donc consulter un(e) diététiste si on désire prendre le virage végan, surtout si on a des besoins nutritionnels spécifiques – pensons aux femmes enceintes ou qui allaitent, aux enfants et aux personnes malades.

DÉFI VESTIMENTAIRE

Adopter un mode de vie végan exige aussi de repenser sa garde-robe. Exit cuir, laine, soie et fourrure. Bonjour les fibres végétales naturelles comme le lin et le coton. Et encore… La culture du coton serait l’une des plus polluantes, nécessitant de grandes quantités d’insecticides, d’herbicides et d’eau. En effet, pour produire 1 kg de fibres de coton, l’irrigation nécessite de 6 000 à 27 000 litres d’eau. Un t-shirt représente à lui seul quelque 2500 litres d’eau.

Comme alternative au coton, il y a bien sûr les matériaux synthétiques. Mais sachant qu’ils sont le plus souvent fabriqués avec des sous-produits du pétrole, par ailleurs difficilement recyclables, on devra plutôt se tourner vers le chanvre, le sisal ou encore la fibre de bananier. Des choix qui ne courent pas les rues…

ET L’IMPACT ENVIRONNEMENTAL DANS TOUT ÇA?

Si la science a démontré que les régimes végétariens et végétaliens ont une moins grande incidence carbone que l’alimentation carnée, leur impact global sur l’environnement est-il aussi positif qu’on le prétend?

Clément Fournier, rédacteur expert chez e-RSE (Responsabilité sociale des entreprises), a compilé les plus récentes études portant sur divers régimes alimentaires et en a dégagé les principaux points de convergence. Premier constat: le régime carné, principalement à base de bœuf et d’agneau, est de loin le plus dommageable pour la planète. Selon un rapport de la FAO (l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), l’élevage bovin serait une des causes principales des plus importants problèmes environnementaux: réchauffement de la planète (l’élevage serait responsable de 18 % des émissions de gaz à effet de serre), dégradation des terres, pollution de l'atmosphère (par exemple, la décomposition des engrais et du fumier dégage du méthane) et des eaux et perte de biodiversité.

Deuxième observation: un régime végétarien ou végétalien, riche en soya et en légumes, peut, à calories égales, s’avérer plus nocif pour l’environnement qu’une alimentation comprenant un peu de viande issue d’animaux élevés en pâturage. Une fois de plus, il en va de la quantité d’eau consacrée à l’agriculture.

Cela dit, calculer l’impact écologique des différents régimes alimentaires demeure complexe, car pour obtenir une analyse juste, il faut évaluer la provenance des produits et les techniques de culture ou d’élevage utilisées.

TOUS VÉGANS?

Le végétalisme soulève une autre question essentielle: la terre pourrait-elle nourrir les 7 milliards d’individus qui peuplent actuellement la planète et les 9 milliards prévus entre 2020 et 2025?

Sans hésitation, plusieurs experts affirment que cela serait impossible sans maintenir une agriculture industrielle intensive correspondant au modèle que nous avons actuellement. Un modèle qui présuppose l’utilisation à grande échelle de fertilisants, de pesticides, de fongicides, d’herbicides chimiques, tous nocifs pour nos écosystèmes et conséquemment pour nous comme pour les animaux sauvages. Selon eux, nos sources d’alimentation seraient aussi tributaires des catastrophes naturelles comme la température, les maladies, les insectes… Rien de bien rassurant.

D’autres, plus optimistes, comme Michel Leboeuf, diplômé en sciences biologiques et auteur d’une vingtaine de livres dont le récent Homo carnivorus, l’impact de l’alimentation carnée, croient que ce serait possible d’arriver à cultiver exclusivement biologique. «Notre empreinte écologique, surtout en Amérique, est telle actuellement, en raison de notre alimentation fortement carnée, que la transformation de notre production agricole et maraîchère vers un modèle à la fois efficace et nettement moins agressif pour l’environnement est tout à fait possible, je dirais même inévitable. Le processus sera sans doute long, trop long pour certains conscients de l’urgence d’agir, mais il est déjà en marche!»

RÉSISTANCES

L’idéal végan se bute à la résistance de la majorité de la population qui refuse de laisser tomber ses habitudes alimentaires et son mode de vie.

En ce moment, pour comprendre la profondeur du fossé qui existe entre ceux qui réclament un meilleur sort aux animaux et les autres, bien ancrés dans leur statu quo omnivore, il suffit de tendre l’oreille aux propos, souvent acrimonieux, des uns envers les autres…

Il est probable, comme le souligne M. Leboeuf, que la solution qui s’imposera un jour sera un compromis entre ces deux positions.

Mais il reste encore bien du chemin à faire pour tendre vers l’équilibre. Et à Noël, la dinde sera de chair et de plumes ou de tofu.

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