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mercredi, 7 décembre 2016

Vin chaud, santons: c'est Noël à Lourmarin

ParMarie-Pascale Laurencelle
Collaboratrice, BazzoMAG

Quand on vit dans le Sud de la France, les gens, nous les premiers, ont l’impression qu’il y fait chaud toute l’année. Les images estivales de Provence sont si persistantes qu’on a tendance à croire que l’hiver oublie volontiers ce coin de pays. Mais détrompez-vous. Il n’en est rien! Le mistral (vent froid qui souffle du nord dans le couloir du Rhône et ses régions) peut vous garder confiné à l’intérieur et blotti au coin du feu pendant des semaines, tant il vous harcèle, fait battre les volets et glace les maisons. Il n’y a certes pas de neige, mais la saison hivernale est une réalité bien concrète et les traditions de Noël, même sans flocons, sont ancrées dans le terroir local.

Cette année, changements climatiques obligent (c’est vrai ici aussi!), on dirait que l’hiver est arrivé plus tôt, soit au début de novembre, en même temps que la vague rouge américaine, qui a donné au monde la gifle qu’il espérait ne pas recevoir. Et avec les élections présidentielles qui s’en viennent en France au printemps 2017, hier, attablés chez Gaby, le café des habitués, plusieurs craignaient une réelle percée du Front National, qui complèterait à merveille ce triumvirat inquiétant: Trump-Poutine-Le Pen (laquelle a d’ailleurs été la première chef de parti européen à féliciter le rouquin…). Mais revenons à Lourmarin et à Noël.

C’est peut-être à Noël que le climat québécois nous manque le plus. En effet, l’an dernier, nous étions désorientés par la verdeur des champs et doutions que la magie soit possible sans neige. Mais doucement, simplement, le charme a opéré.

Nous avons été conquis par les villages qui, comme Lourmarin, se parent de guirlandes d’ampoules blanches, telles de petites étincelles savamment tirées entre les platanes et les maisons, traçant un parcours de lumière à travers tout le village. C’est grâce à sainte Luce, qu’on fête le 13 décembre, que cette tradition nous est parvenue. Je ne savais pas… Celle-ci voulait qu’on illumine chaque soir jusqu’à Noël les balcons, les façades et les fenêtres de bougies, de lampions et de lanternes pour conjurer la noirceur et espérer le retour des jours plus longs. Dommage qu’on ne se serve plus de lampions…

Ensuite, le vin chaud à la cannelle, qui nous a été offert dès les premières morsures du froid, nous a séduits. Il est distribué sur les places publiques à partir de la fin novembre et dans les marchés de Noël, qui poussent dans presque tous les villages. Les marchés de Noël! Ils nous semblent bien folkloriques, à nous. Mais ils incarnent durant l’hiver le lieu de rassemblement de la population locale, au même titre que les marchés fermiers hebdomadaires. Sauf que cette fois, les artisans y offrent leurs meilleurs produits de foie gras au torchon, de cuisses de canard confites, de pains briochés, de confits de figues, de vins capiteux et de champagnes nouveaux, de tranches de nougat frais ou de tartes de saison aux noix et fruits secs qu’on appelle ici des «mendiants». On trouvera dans ces marchés de l’Avent tout ce qui sera nécessaire à la préparation du «gros souper» et des 13 desserts, que l’on mangera la veille de Noël.

Les traditions provençales sont très jolies et le temps des réjouissances qu’on appelle ici «Calendale» s’étend du 4 décembre, jour de la Sainte-Barbe (!) au 2 février, jour de la Chandeleur (où on fait des crêpes). Et entre ces deux dates se succèdent rituels et repas de fêtes, qui seront plus ou moins observés, selon les familles.

À la Sainte-Barbe tout d’abord, on fait germer des graines de blé dans trois soucoupes couvertes de coton humide. Si les tiges poussent droites et vertes, l'année sera prospère! Ces petits champs miniatures prendront ensuite place dans la crèche familiale.

La crèche! C’est autour d’elle que les Provençaux rejouent chaque année le sens de Noël. La Nativité galvanise les gens à tel point que dans plusieurs villages, comme à Cadenet ou à Cucuron, on recrée des crèches vivantes dans les grottes des alentours, avec des volontaires qui se déguisent (et se les gèlent) pour donner un visage à la Sainte-Famille.

Cette fascination de la crèche est aussi incarnée par la tradition des Santons de Provence, qui sont autant de petits personnages modelés dans l’argile, représentant qui le boulanger, qui le ferronnier, qui la marchande de légumes, et que plusieurs collectionnent et alignent sur une table vouée à cet effet (il y a peu de sapins chez les Provençaux). Le village de Noël ainsi recréé prendra de l’expansion d’année en année, au gré des trouvailles que l’on fait aux marchés. D’innombrables versions de Santons, de maisonnettes ou d’animaux de ferme miniatures, servent ainsi à reproduire et à perpétuer l’esprit des villages provençaux d’antan.

La dictature de la consommation, fort heureusement, n’a pas encore réussi à soumettre tout le monde ici. Et les cadeaux des enfants ne sont pas au cœur des célébrations du temps des Fêtes. Au nord de l’Europe, les présents se donnent à la Saint-Nicolas le 6 décembre. Plus au sud chez les Ibériques, ça se passe aux Rois, le 6 janvier. Chacun reçoit un présent ou deux, mais jamais l’avalanche de jouets que l’on a chez nous. Et la fête de Noël conserve un caractère certes parfois religieux, mais souvent davantage un sens de partage, de rencontre et d’abondance.

Pour nous, ici, Noël c’est l’apéro au champagne que Tanya et Jamie donnent chaque année, et qui rassemble les parents de l’école tout de suite après l’arrivée du père Noël à Lourmarin (il est arrivé en hélicoptère l’an dernier!). C’est l’abondance de foie gras, de bulles et d’invitations jusqu’à plus soif et plus faim. C’est le temps suspendu, les journées en pyjama et l’attente de la prochaine année, qu’on se souhaite toujours meilleure que la précédente.

C’est vrai qu’à nous, Québécois, il manquera toujours la neige. Peut-être que le froid qui nous parvient plus tôt nous en apportera cette année. Qui sait? Car avec ces bouleversements de climat, on ne peut plus rien prévoir. Pas plus en politique d’ailleurs. De sorte que l’élection du rouquin outre-Atlantique va peut-être nous donner envie de nous réchauffer davantage les uns contre les autres, et je l’espère, nous amener à échanger les meilleurs vœux qui soient. Ceux de paix, de fraternité et de tolérance. Et que le pire ne se produise pas.

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